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Nicolas Floc'h
Plateforme

Du 1er novembre 2007 au 31 décembre 2008

 

 

Une structure monumentale est disposée au milieu d’une parcelle de pelouse, à l’entrée d’un parc, face à une mairie.
Elle est en métal, entièrement peinte en noir.
Elle possède un pied épais sur lequel est posé une grande surface rectangulaire étirée sur sa largeur.
De face, une grille plane, percée de multiples trous fins, forme l’ensemble de la surface.
Elle est délimitée par un cadre épais légèrement saillant.
L’envers se caractérise quant à lui, par sa quasi-planéité.
Sur le pied, une trappe indique une ouverture désignant la possibilité d’intervenir à l’intérieur.

Un son est diffusé depuis la surface trouée de la façade.
Des vagues échouent indéfiniment sur la bande sonore.
Une ambiance teintée de la nostalgie des vacances dernières se disperse dans le jardin.

La diffusion sonore a changé :
Des enfants parlent, chuchotent.

Un homme ouvre la trappe située sur le pied.
Il branche un micro.
C’est la fin mars, il lit un texte, puis un autre.
D’autres lui succèdent.
Le public applaudit.

La diffusion a encore changé…

 

 

 

L’art est ainsi fait que contrairement aux règles classiques de l’addition, il peut réunir des éléments de nature différente au profit de l’épaisseur du sens. Et précisément, l’œuvre Plateforme de Nicolas Floc’h est sujet à cette étrange manifestation, combinant singulièrement des lignées historiques et théoriques très différenciées, voire antagonistes.

 

D’abord « plate forme »,


Un certain modernisme minimal hante fréquemment ses œuvres depuis le Functional Floor de 2001 et même Light Year de 1999.

D’une certaine manière, avec Plateforme, il nous propose une image plate en trois dimensions.

Cette image est uniquement induite par la neutralisation d’un objet fort répandu dans le quotidien : le panneau publicitaire. Celui-ci n’est pas un modèle particulier de panneau d’affichage mais une version générique qui ne renvoie qu’à l’image que nous nous faisons de cet objet. Cette version ne comporte pas d’affiche publicitaire qui le rabattrait vers son utilitarisme, mais une surface monochrome noire identique à l’ensemble de la structure métallique de la pièce.

Cette image est plate car elle ne possède en grande partie pas d’épaisseur sémantique. C’est-à-dire, elle ne possède pas plus de sens que ce que nous pouvons y voir : un panneau d’affichage. Dans la tradition de l’art minimal depuis les expositions New Works I-II-III à la Green Gallery à New York entre 1962-3, cette œuvre nous propose de faire l’expérience de se confronter à cette forme dans son exceptionnalité et sa banalité…

 

Et puis « voire… »

 

Mais cette sculpture minimale pour jardin public, tout comme Untitled Barbecue de 2005, n’est qu’un décor. Elle n’est que le support voire le contexte à mise en œuvre.

Ici, le son de bord de mer émergeant du panneau n’est que la première source sonore que Nicolas Floc’h propose au public. Elle est issue d’un souvenir personnel, d’un type de lieu chargé affectivement. Ce son forme aussi une image du ressac des souvenirs qui a pour caractéristique d’être iconique, universelle et  générique.
Ce son a constitué en grande partie le décor de ses premières expériences artistiques et se présente comme une forme récurrente au sein de sa pérégrination d’artiste. Ce son n’existe que comme un appel à contribution, une sorte de mètre étalon désignant le principe de fonctionnement de l’œuvre: être le support de diffusion, le médiateur, de ce qui est en chacun d’entre nous.

Les sons suivants proviennent par conséquent de cette proposition de Nicolas Floc’h aux habitants de Chelles de diffuser leurs propres expériences ou créations sonores sur cette enceinte publique. Plateforme est d’ailleurs expérimentée aussi bien lors du « printemps des poètes » que de « la fête de la musique » devenant ainsi un équipement au même titre que les kiosques ou les bancs de la ville de Chelles.

Ainsi, cet objet dont nous commentions la banalité de la forme se transforme par ses modalités d’activations successives en un support à présentation, une structure d’accueil.  Seul le spectateur/acteur peut permettre à l’œuvre de dépasser le stade de la proposition pour devenir pleinement un support aux fictions de chacun.


Display/Décor…

 

Étrangement, « ce support à fiction » rejoint une part des enjeux du modernisme et de la lutte quasi-fratricide entre les acteurs de l’art minimal (et de Donald Judd  en particulier) et un prédicateur d’un ultramodernisme comme Michael Fried. Cette théâtralité (« voire »), que conspua Fried depuis Art and Objecthood en 1967, s’opposait  à l’autonomie moderniste (« plate forme ») de l’objet de l’art tant dans sa matérialité que dans sa réflexivité.

L’hypothèse esquissée, ici, est que Plateforme de Nicolas Floc’h, comme une grande partie de son travail, procède par plis successifs. Il élabore une sorte de médiation entre les formes convoquées et les actions du spectateur. Ainsi, ce monochrome noir, en trois dimensions, devient le théâtre, le décor, le médium de l’expérience esthétique.

 

 

Jérôme Cotinet-Alphaize, 2008.

 

 

 

À consulter : site de l'artiste.

Télécharger : Nicolas_Floc'h_Dossier de presse

Télécharger : Nicolas Floc'h_Glossaire